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100 kilomètres plus tard : comment j’ai survécu à mon premier ultra-trail

100 kilomètres plus tard : comment j’ai survécu à mon premier ultra-trail

100 kilomètres plus tard : comment j’ai survécu à mon premier ultra-trail

Tout a commencé par une soirée arrosée. Des amis qui débitent leurs ambitions pour 2026, moi qui écoute d’une oreille distraite. Et puis cette phrase qui sort toute seule : « Bon allez, j’me lance aussi ». Ni une ni deux, inscription validée pour un ultra de cent bornes. Alors que six mois plus tôt, cinquante kilomètres me paraissaient déjà insurmontables.

Le truc qu’on ne te dit pas assez, c’est que ton cerveau va devenir ton pire ennemi. S’entraîner physiquement, c’est la base : tu empiles les sorties longues, tu grimpes des collines, tu testes ton endurance. Seulement voilà, rien ne te prépare au bordel mental qui s’installe après dix heures non-stop sur les sentiers. Cette voix intérieure qui te murmure d’abandonner se transforme en hurlement vers le soixantième bornes.

Les muscles souffrent, c’est sûr, mais c’est ta tête qui lâche en premier.

Faut être honnête : à ce stade, tu alternes marche et course (surtout marche d’ailleurs). Tu te surprends à marchander avec toi-même façon double personnalité. « Bon, cinq bornes de plus et on avise ». Rebelote cinq bornes après. Et ainsi de suite. Les vainqueurs du Marathon des Sables version 2026 possèdent sans doute ce don fou de débrancher leur cortex pour se transformer en robots.

100 kilomètres plus tard

Mon plus gros fail ? Les pompes toutes neuves. Ces Salomon dernier cri qui promettaient performance et confort optimal. Résultat des courses : deux ampoules monstrueuses avant même la mi-parcours, chaque foulée devenue calvaire. Pendant ce temps-là, mes chaussettes de compression achetées trois fois rien sur internet ont tenu le choc jusqu’à l’arrivée. La leçon est claire : rien ne remplace le matos déjà rodé sur des longues sorties.

Côté bouffe durant l’épreuve, j’ai vite déchanté.

Mon sac débordait de produits techniques : gels énergétiques, barres hyperprotéinées, boissons isotoniques… L’arsenal parfait du coureur moderne, sur le papier. Problème : passé sept ou huit heures d’effort continu, mon estomac a décidé de faire grève. Plus moyen d’ingurgiter le moindre gel sans friser la nausée. Mon organisme criait famine et réclamait du solide, du salé particulièrement. Les bons vieux sandwichs au jambon des ravitos sont devenus ma planche de salut. Quelques tranches de saucisson ici, un bout de comté là… Peu importe ce que racontent les spécialistes nutrition, contrairement à ces amateurs de poker à gros enjeux qui peuvent rester des heures sans bouger, c’est ce qui m’a permis de tenir onze heures durant.

Le moment critique est arrivé sans prévenir. Pas cette montée interminable du kilomètre soixante-quinze qui me terrifiait, non. Le quatre-vingt-douzième. L’arrivée presque à portée et pourtant cette distance qui semble infinie. Ces huit derniers kilomètres ont duré plus longtemps que les trente d’avant. Je pige maintenant pourquoi certains abandonnent si proche du bout. La ligne est juste devant, mais tes jambes refusent de pousser plus fort.

Ce qui m’a bluffé, c’est cette atmosphère particulière des ultras. Zéro rapport avec les marathons citadins où tout le monde court après sa perf. Ici tu papottes, tu sympathises, tu plaisantes même (véridique) avec des types croisés au hasard. Ces échanges nocturnes où tu débales ta vie à un inconnu ont un truc thérapeutique. Ça me fait penser à ces moments où les connexions se créent naturellement – un pote m’avait parlé d’une expérience similaire lors d’un événement à decouvrir Casino Night, preuve que les vraies rencontres surgissent toujours quand on s’y attend le moins.

Puis d’un coup, cette satanée bannière d’arrivée se profile.

Quatorze heures trente-sept au compteur. Rien pour impressionner les pros, juste le chrono d’un gars lambda qui a réussi à aligner cent mille pas d’affilée (enfin presque). Zéro ambition de temps, aucune velléité de record. Juste cette impression dingue d’avoir accompli un truc hors norme avec une carcasse on ne peut plus standard.

Franchement, si ça vous tente, lancez-vous. C’est clair que la souffrance sera au rendez-vous. C’est sûr que vous regretterez votre inscription toutes les trente minutes. Mais vous découvrirez aussi où se cachent vos véritables frontières. Et spoiler alert : elles sont beaucoup plus éloignées que prévu.

Moi j’ai déjà l’œil sur le calendrier 2027. Comme quoi l’addiction arrive vite.

Jimmy Hanson

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